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avec : Pascale Murtin, Bettina Atala, François Hiffler, Orazio Trotta.
 

D’innombrables événements se produisent autour de moi, dont je n’aperçois, par bribes, que quelques rares étapes.
Ce serait mon imagination qui établit des liens entre les divers fragments afin de constituer un scénario à peu près continu que j’appelle réalité.
Maintenir la cohérence de ce scénario est un labeur sans répit.

Grand Magasin

 

Qu’y a-t-il de plus intriguant dans ce titre ? Le pluriel fautif, la tâche non nommée, l’objet du « correctement » ou le produit qu’il annonce ? Le voile se lèvera-t-il sur cette énigme plus sérieuse qu’il n’y paraît à première vue ?
Ce titre mystérieux cache en effet un spectacle déroutant : début incertain, milieu curieux et manipulateur, fin délibérément floue, ni lumière particulière ni décor, des saynètes successives où trois individus comme vous et moi s’affairent, annoncent ce qu’ils vont faire et le font, confirmant par des démonstrations évidentes la dimension perturbante de ce qu’on considère comme l’évidence, justement. Ce qu’on sait : Grand Magasin vient de la danse, seul terrain admettant en France au début des années 1980 les artistes rétifs aux codes imposés. Est-ce de la danse que le duo Pascale Murtin et François Hiffler tire son affection pour les unissons ou les polyphonies bricolées ? Est-ce de la danse que lui vient cette imagination débridée, ce talent pour le coq-à-l’âne en paroles et en actes ?
 

Imaginaire (sans être faux)
Grand Magasin a livré en vingt ans déjà une œuvre cohérente aux titres évocateurs. Pêle-mêle : Laurel et Hardy à l’école, Les filles du chef, Les hommes phénomènes, Nos œuvres complètes, L’encyclopédie des joies du cœur, Le tour du monde des chants d’amour, Par les cheveux, Tout sur le bruit...
Une constante : parler et bouger sans faire semblant, ne pas faire croire ni prétendre au naturalisme d’un théâtre visant vaguement la catharsis. Dès l’origine, Grand Magasin raconte des histoires et donne corps à des métaphores et des calembours en images et en objets sans se priver de jeux de mots et de musiquettes iconoclastes. Sa vision du monde faussement simpliste, exposée sur un ton de maître d’école, dénote un humour dévastateur, né du chambardement de la logique admise par retour au sens premier des mots. De danses du langage en acrobaties de la pensée, Grand Magasin établit une sorte de méthode pour rendre le monde plus lumineux : écarter les œillères. Le goût pour la déconstruction fantaisiste lui donne d’emblée un statut à part dans le paysage français, où il adapte le genre quasi inexistant de la performance.
 

Le vrai
Grand Magasin endosse dès lors la tâche lourde et joueuse de formuler une description vraisemblable de l’univers. Son refus de jouer la comédie ne coïncide-t-il pas avec la recherche obstinée d’une vérité dénuée d’artifice ? Le dépouillement têtu et burlesque du langage du spectacle et de ses apparences commence par faire sourire, puis désespère tant l’entreprise est intègre, mais finit par provoquer un rire soulagé : personne n’a plus besoin de tricher !
Pierre Ménard, auteur du Quichotte (dans Fictions de Borges) me revient à la mémoire. L’œuvre “visible” de Ménard, écrivain fictif du début du XXe siècle, tient en une douzaine d’écrits obscurs, mais il s’est attaqué dans l’ombre à l’ÉCRITURE de deux chapitres du Don Quichotte de Cervantès, sans souhaiter ni reproduire ni recopier l’œuvre existante ni réincarner son auteur premier. Pour héroïque que soit cette tentative, elle demeure de la littérature.
 

Le grand art du vrai
Parent lointain de Pierre Ménard, Grand Magasin s’attaque pour de vrai au réel sous l’angle du spectacle et de ses conventions et idées reçues. Et quel autre réel que le sien propre serait le plus à même d’être apprivoisé ? Le moment semble venu de dévoiler la tâche à effectuer (correctement ou non) : Grand Magasin, conforté par des années de pratique dans la mise à nu, se consacre ici à faire du Grand Magasin, seule tâche à laquelle prétendre honnêtement.
Et le trio - avec Bettina Atala - tient sa promesse de toujours dire vrai, après avoir réduit son champ d’investigation aux interrogations les plus essentielles non pas sur le réel (trop facile !), mais sur le vrai, le leur et le nôtre. Il va sans dire que ” faire du Grand Magasin” passe par explorer, comme un jeu, l’histoire du vrai, au quotidien, à vif, sans effets.
On l’aura compris, c’est comme s’il s’agissait ici de se calquer sur le vrai, en détail, de le décalquer, en sachant pertinemment (et je paraphrase Borges) que le vrai ”n’est pas ce qui est, mais ce que nous pensons qui est ”.
Tout l’art d’un spectacle de Grand Magasin, c’est de donner à voir et de souligner un visible qu’on ne voit jamais sur scène ni dans la vie, car il est trop masqué sous un tas de...
Voir plus haut. Plutôt que de jouer, il s’agit donc, pour rester dans le vrai, de déjouer le réel, de le désamorcer, de mieux le cerner pour l’aborder avec plus de force. Si cette tâche peut certes être entreprise ”correctement ”, elle reste impossible à ”effectuer”. Grand Magasin le sait très bien.
Tout comme il sait qu’à condition d’être authentique et lucide, la perception et l’analyse ludique du monde allège les tâches. Sous la naïveté et la gaucherie affichées pointe une sagesse : pour avancer d’un bon pied, toujours partir de zéro.

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Denise Luccioni.


Du 12 au 16 octobre 2004 à La Minoterie, théâtre de la Joliette


 

 

 

 
   
 

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> dernière mise à jour : 02.12.2017